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Pourquoi est-ce si difficile pour moi de prendre ma place ?

1 sept.
15 min de lecture


Lorsque nous sommes là sans vraiment nous sentir à notre place


Il est possible d'être présent dans une pièce sans avoir le sentiment d'y être véritablement.

Nous sommes là, nous participons, nous travaillons, nous échangeons, nous assumons nos responsabilités. Pourtant, quelque chose en nous reste légèrement en retrait. Nous attendons que les autres parlent avant de donner notre avis. Nous laissons quelqu'un passer devant nous alors que nous avions pourtant quelque chose à dire. Nous minimisons nos réussites lorsqu'on nous félicite. Nous hésitons avant de demander ce dont nous avons besoin.

Parfois même, nous avons l'impression que les autres occupent naturellement l'espace tandis que nous devons, nous, réfléchir à la manière dont nous pouvons y entrer sans déranger. Cette sensation peut être particulièrement déconcertante lorsque, extérieurement, nous sommes parfaitement capables. Nous pouvons avoir des compétences, de l'expérience, des responsabilités, des idées et une véritable capacité à prendre des décisions. Pourtant, au moment de nous mettre en avant, quelque chose se contracte. Nous hésitons. Nous nous demandons si nous avons suffisamment de légitimité. Nous attendons peut-être d'être davantage préparés, davantage expérimentés, davantage reconnus. Nous pensons qu'un jour, lorsque nous aurons atteint un certain niveau, nous nous sentirons enfin autorisés à prendre pleinement notre place. Mais ce jour arrive rarement.


Car la difficulté ne se trouve pas toujours dans ce que nous sommes capables de faire. Elle peut se trouver dans la représentation que nous avons construite de notre propre place.

Certaines personnes ont appris très tôt qu'il était préférable de ne pas déranger. Elles ont compris qu'il fallait être raisonnables, discrètes, conciliantes ou disponibles. Elles ont parfois découvert que leurs besoins passaient après ceux des autres et que leur tranquillité dépendait de leur capacité à s'adapter. Elles ont grandi. Elles ont construit leur vie. Mais une partie d'elles continue parfois à fonctionner selon cette ancienne règle : « Je peux être là, à condition de ne pas prendre trop de place. » Cette phrase n'est pas toujours consciente.


Elle peut simplement se manifester dans une manière de parler moins fort, de demander moins, de se montrer moins, de s'excuser souvent ou de considérer que les besoins des autres sont naturellement plus importants. Et lorsque cette manière d'exister devient habituelle, nous pouvons finir par confondre humilité et effacement. Pourtant, prendre sa place ne signifie pas devenir envahissant. Cela ne signifie pas parler plus fort que les autres, imposer son opinion ou chercher constamment à être au centre de l'attention. Prendre sa place signifie quelque chose de beaucoup plus simple et beaucoup plus profond : reconnaître que notre présence compte.


Prendre sa place ne signifie pas prendre celle des autres


Femme en chemise verte parlant et gesticulant lors d’une réunion de groupe chaleureuse, assise avec trois personnes en arrière-plan.

Il existe une confusion très fréquente autour de cette notion. Nous pouvons croire que si nous prenons davantage notre place, quelqu'un d'autre devra forcément en perdre une partie. Comme si l'espace était limité, comme s'il fallait choisir entre être visible et laisser les autres être visibles.

Cette représentation peut rendre la prise de place inconfortable, particulièrement lorsque nous avons été élevés dans un environnement où l'on valorisait fortement la discrétion, le sacrifice ou la modestie. Nous avons peut-être appris qu'il ne fallait pas se mettre en avant. Qu'il était préférable de laisser les autres parler. Qu'il fallait attendre son tour. Qu'il ne fallait surtout pas donner l'impression de se croire supérieur.


Ces principes peuvent avoir leur utilité lorsqu'ils permettent de respecter les autres. Mais ils peuvent devenir problématiques lorsqu'ils nous conduisent à considérer notre propre visibilité comme une faute. Nous pouvons alors avoir du mal à recevoir un compliment. Lorsque quelqu'un reconnaît notre travail, nous répondons immédiatement que ce n'était rien. Nous expliquons tout ce qui a été facile. Nous rappelons l'aide des autres. Nous trouvons une raison de minimiser ce que nous avons accompli. Ce réflexe paraît humble. Mais il peut parfois traduire une difficulté plus profonde à reconnaître notre propre valeur.


De la même manière, nous pouvons avoir du mal à parler de nos besoins. Nous attendons que les autres devinent. Nous espérons qu'ils comprendront que nous sommes fatigués, que nous avons besoin d'aide ou que quelque chose ne nous convient plus. Et lorsqu'ils ne le comprennent pas, nous pouvons ressentir de la déception ou du ressentiment. Pourtant, prendre sa place implique aussi d'accepter que notre réalité intérieure mérite d'être exprimée.

Nous avons le droit de dire ce que nous pensons.

Nous avons le droit de demander.

Nous avons le droit de recevoir.

Nous avons le droit de réussir.

Nous avons le droit d'être reconnu.


Et aucun de ces droits ne retire quoi que ce soit aux autres.

La réussite de quelqu'un n'empêche pas celle d'une autre personne.

La visibilité d'une personne ne rend pas les autres invisibles.

Une parole exprimée avec respect ne constitue pas une agression.

Une limite posée clairement n'est pas nécessairement un rejet.


Cette compréhension peut sembler évidente intellectuellement. Pourtant, elle peut être beaucoup plus difficile à intégrer lorsque notre histoire personnelle nous a appris à associer notre expansion à une menace pour le lien. C'est là que la question de la place devient particulièrement intéressante. Car nous pouvons parfaitement savoir que nous avons le droit d'exister tout en continuant à nous comporter comme si nous devions demander la permission.


Quand nous avons appris à rester en retrait


Femme en pull écru, assise au bord d’une fenêtre, regard perdu dehors, ambiance calme et mélancolique.

La manière dont nous occupons notre place dans le monde ne commence pas à l'âge adulte. Elle se construit progressivement, au fil des expériences qui nous apprennent ce que signifie être accepté, écouté et reconnu. L'enfant ne sait pas encore quelle place il peut prendre.

Il l'expérimente.

Il parle.

Il demande.

Il proteste.

Il affirme ses préférences.

Il cherche naturellement à exister pleinement dans son environnement.


Puis il rencontre les réactions de ceux qui l'entourent. Certains enfants découvrent que leur parole est accueillie. Lorsqu'ils expriment un besoin, quelqu'un les écoute. Lorsqu'ils proposent une idée, elle est considérée. Lorsqu'ils réussissent quelque chose, leur réussite peut être reconnue sans que cela crée de malaise. Ils apprennent progressivement : « Ce que je suis et ce que j'apporte peuvent avoir de la valeur. »


D'autres enfants vivent des expériences différentes. Ils peuvent être interrompus fréquemment. On peut leur demander de se taire, de laisser les adultes parler ou de ne pas attirer l'attention. Ils peuvent grandir dans une famille où un autre membre occupe énormément d'espace émotionnel et où il semble préférable de ne pas ajouter ses propres besoins. Ils apprennent alors une autre règle : « Pour que tout se passe bien, il vaut mieux que je me fasse petit. »

Cette stratégie peut être très intelligente dans le contexte dans lequel elle apparaît. Elle permet de préserver le lien, d'éviter les conflits. Elle réduit les risques de provoquer une réaction désagréable et permet à l'enfant de trouver une forme de sécurité. Mais ce qui a été utile à un moment donné peut devenir une limitation plus tard. L'adulte continue à appliquer une règle qui n'est plus forcément nécessaire.

Il attend.

Il observe.

Il s'adapte.

Il laisse les autres choisir.

Il se demande ce qui serait le plus confortable pour tout le monde avant de se demander ce qui serait juste pour lui. Et il peut même finir par croire qu'il est simplement quelqu'un de discret. Pourtant, derrière cette discrétion, il existe parfois une peur ancienne : celle de déranger en existant pleinement. C'est pourquoi prendre sa place ne consiste pas toujours à apprendre à être plus affirmé. Il faut parfois commencer par comprendre pourquoi notre système intérieur a appris qu'il était plus prudent de rester en retrait. Car tant que nous considérons notre effacement comme un simple trait de caractère, nous risquons de lutter contre le comportement sans comprendre ce qu'il protège. Et lorsque nous comprenons ce qu'il protège, nous pouvons commencer à faire évoluer notre manière d'exister. Pas brutalement, pas en devenant l'opposé de ce que nous étions. Mais en permettant progressivement à notre présence de prendre davantage d'espace.


La peur d'être visible


Femme de dos en robe crème, chignon tressé, au milieu d’une foule floue sous des lumières chaudes d’événement.

Prendre sa place suppose une chose que nous n'avons pas toujours appris à faire : accepter d'être vu. Être vu dans ce que nous faisons, dans ce que nous pensons, dans ce que nous ressentons, mais aussi dans ce que nous sommes capables d'accomplir. Or, pour certaines personnes, la visibilité ne représente pas seulement une possibilité, elle réveille une forme de danger intérieur.

Tant que nous restons en retrait, nous maîtrisons davantage ce que les autres peuvent percevoir de nous. Nous pouvons observer sans être observés. Nous pouvons aider sans être au centre. Nous pouvons travailler beaucoup sans forcément parler de notre travail. Nous pouvons avoir des idées sans nécessairement les défendre.


Cette position donne parfois une sensation de sécurité. Elle permet de rester dans une zone où nous ne risquons pas trop le jugement. Mais elle possède aussi un coût. À force de nous protéger du regard extérieur, nous pouvons finir par nous priver de la possibilité d'être pleinement reconnus. Il existe d'ailleurs un paradoxe assez fréquent chez les personnes qui ont du mal à prendre leur place : elles peuvent avoir une grande capacité à être présentes pour les autres, mais beaucoup plus de difficultés à être présentes pour elles-mêmes.

Elles savent écouter.

Elles savent soutenir.

Elles savent conseiller.

Elles savent reconnaître les qualités d'une autre personne.

Elles peuvent même être les premières à encourager quelqu'un à croire en lui.


Mais lorsqu'il s'agit d'elles-mêmes, le discours change.

Elles hésitent.

Elles minimisent.

Elles attendent.

Comme si leur propre lumière devait rester discrète. Parfois, cette difficulté est liée à une peur très ancienne : celle de provoquer quelque chose en devenant trop visible. Certaines personnes ont grandi dans des environnements où attirer l'attention pouvait effectivement avoir des conséquences désagréables. Être remarqué pouvait entraîner des critiques, des comparaisons, de la jalousie ou des reproches. Dans ces conditions, l'enfant peut comprendre que la discrétion est une protection. Il apprend qu'il vaut mieux ne pas trop montrer ce qu'il sait faire. Ne pas trop parler de ses réussites. Ne pas donner l'impression d'être différent. Ne pas prendre le risque de susciter une réaction négative. Cette mémoire peut rester active longtemps après.


L'adulte peut alors ressentir une gêne lorsqu'il doit se mettre en avant, même lorsque personne ne lui demande de se justifier. Il peut avoir du mal à parler de ses compétences lors d'un entretien. Il peut repousser le moment de présenter son travail. Il peut hésiter à demander une augmentation ou à proposer ses services. Il peut avoir de bonnes idées mais attendre qu'une autre personne les exprime avant de les considérer comme légitimes.

Ce n'est pas nécessairement un manque de confiance. Parfois, c'est une difficulté à associer visibilité et sécurité. Une partie de nous sait que nous pouvons être vus. Une autre partie pense qu'il serait plus prudent de rester discret. Tant que ces deux mouvements s'opposent, nous pouvons avoir la sensation d'avancer avec un pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein. Nous voulons évoluer, mais nous retenons notre propre élan. Nous souhaitons être reconnus, mais nous minimisons ce que nous faisons. Nous aimerions prendre davantage notre place, mais nous attendons encore un signe extérieur qui nous autoriserait à le faire.


C'est ici qu'une question devient intéressante : Que croyons-nous qu'il pourrait se passer si nous prenions réellement notre place ? La réponse n'est pas toujours « les autres vont me juger ». Elle peut être beaucoup plus précise.

« On va penser que je me crois supérieur. »

« Je vais faire de l'ombre à quelqu'un. »

« On va attendre davantage de moi. »

« Je vais attirer des personnes qui voudront me rabaisser. »

« Je risque de perdre l'affection de certaines personnes. »

« Je ne pourrai plus me cacher derrière les autres. »


Ces représentations méritent d'être entendues. Elles ne sont pas forcément la réalité actuelle. Elles peuvent être les traces d'expériences anciennes qui continuent à influencer notre manière de nous présenter au monde.


Se sentir illégitime même lorsque l'on est compétent


Femme pensive devant un ordinateur, entourée de notes: Vraiment assez bien ? Pas encore... Peut-être que j'ai eu de la chance.

Il existe une situation particulièrement déroutante : savoir objectivement que nous sommes capables et continuer pourtant à ressentir que nous ne sommes pas suffisamment légitimes. Nous pouvons avoir des années d'expérience et nous demander encore si nous sommes vraiment compétents. Nous pouvons avoir obtenu des résultats concrets et penser qu'ils sont dus à la chance. Nous pouvons recevoir des compliments et nous demander si la personne ne surestime pas nos capacités. Nous pouvons être reconnus par notre entourage tout en conservant intérieurement l'impression que nous ne sommes pas encore « assez ».


Alors nous continuons à nous préparer.

Nous suivons une nouvelle formation.

Nous accumulons des connaissances.

Nous cherchons une certification supplémentaire.

Nous attendons encore une expérience qui viendra enfin confirmer que nous avons le droit d'être là. Mais il arrive un moment où l'accumulation de preuves ne suffit plus, parce que le problème n'est pas nécessairement l'absence de compétence. Il se situe dans la manière dont nous nous autorisons à reconnaître cette compétence. Une personne peut savoir énormément de choses et ne pas parvenir à se considérer comme une référence dans son domaine. Elle peut être capable de conseiller les autres tout en doutant de son propre jugement. Elle peut être sollicitée régulièrement et continuer à penser qu'elle a simplement eu de la chance.


Ce décalage entre la réalité extérieure et la perception intérieure peut devenir épuisant. Les autres voient une personne compétente. Elle, voit encore quelqu'un qui doit faire ses preuves. Pourquoi cette différence ? Parce que la légitimité ne se construit pas uniquement avec des résultats. Elle est aussi liée à la représentation profonde que nous avons de notre droit à occuper une position.


Si, quelque part dans notre histoire, nous avons appris que la valeur devait être méritée en permanence, nous pouvons avoir énormément de difficultés à nous sentir naturellement légitimes.

Nous travaillons pour être reconnus.

Nous aidons pour être appréciés.

Nous réussissons pour prouver notre valeur.

Nous devenons indispensables pour sécuriser notre place.

Mais derrière tout cela peut subsister une question silencieuse :

« Si je ne fais plus rien pour mériter ma place, est-ce que j'aurai encore le droit de l'occuper? »

Cette question est fondamentale.

Car elle nous montre que prendre sa place ne consiste pas uniquement à devenir plus visible. Il s'agit aussi de modifier notre rapport à la valeur.

Nous n'avons pas besoin de produire davantage pour avoir davantage le droit d'exister.

Nous n'avons pas besoin d'être parfaits pour être légitimes.

Nous n'avons pas besoin d'être meilleurs que quelqu'un d'autre pour reconnaître ce que nous savons faire.


Notre valeur ne devrait pas dépendre d'une comparaison permanente.

Elle peut simplement être reconnue.

Et cette reconnaissance ne signifie pas se considérer comme supérieur. Elle signifie être capable de regarder honnêtement ce que nous avons construit et de ne plus nous retirer systématiquement du mérite qui nous revient.


Les loyautés invisibles qui nous maintiennent à notre place


Femme debout sous un grand arbre, regardant des portraits encadrés suspendus aux branches, lumière dorée et ambiance nostalgique.

Il arrive aussi que notre difficulté à prendre notre place ne soit pas uniquement liée à notre histoire personnelle. Certaines représentations familiales peuvent influencer profondément notre manière de vivre la réussite, la visibilité et l'ambition. Dans certaines familles, réussir est encouragé. Dans d'autres, la réussite peut être accueillie avec méfiance. Il peut exister une forme de règle implicite selon laquelle il ne faut pas trop se distinguer.

Ne pas avoir de prétentions.

Ne pas « se croire arrivé ».

Rester simple.

Ne pas dépasser les autres.

Ne pas faire parler de soi.


Parfois, ces messages sont transmis directement. Mais ils peuvent également passer par des attitudes, des réactions ou des histoires racontées au fil des générations. L'enfant observe ce qui arrive à celui qui sort du rang.

  • Il entend parler d'une personne de la famille qui a voulu faire autrement et qui a été critiquée.

  • Il perçoit les tensions lorsqu'un membre réussit davantage que les autres.

  • Il remarque que certaines ambitions sont ridiculisées tandis que la discrétion est valorisée.


    Il peut alors intégrer une association inconsciente entre expansion et rupture du lien.

  • Réussir davantage pourrait signifier s'éloigner de sa famille.

  • Être reconnu pourrait signifier être envié.

  • Avoir de l'argent pourrait signifier devenir différent.

  • Prendre une position importante pourrait être vécu comme une trahison de ses origines.


Nous pouvons alors rester inconsciemment à une certaine hauteur. Pas trop bas. Mais pas trop haut non plus. Juste assez pour appartenir.


Ces mécanismes ne doivent pas être considérés comme des vérités absolues ni comme une explication automatique de nos difficultés. Les histoires familiales sont complexes, et notre présent ne se réduit jamais à ce qui s'est passé avant nous. Mais elles peuvent constituer des pistes intéressantes lorsque nous constatons que certaines réactions sont disproportionnées par rapport à la situation actuelle.

Pourquoi est-ce si inconfortable pour moi de réussir ?

Pourquoi est-ce que je me sens presque coupable lorsque je gagne davantage ?

Pourquoi est-ce que je minimise mes projets devant certaines personnes de ma famille ?

Pourquoi ai-je besoin de rassurer les autres lorsque je prends une décision importante pour moi ?


Ces questions peuvent permettre de mettre en lumière certaines loyautés invisibles. Il peut arriver que nous portions encore une ancienne définition de la loyauté : rester à la même place que les autres pour ne pas les dépasser.

Pourtant, évoluer ne signifie pas abandonner ceux que nous aimons. Nous pouvons avancer sans rejeter notre histoire. Nous pouvons réussir sans dévaloriser ceux qui ont vécu différemment. Nous pouvons construire une vie différente sans considérer que notre différence constitue une condamnation de celle des autres. C'est souvent là que la véritable libération commence. Lorsque nous cessons de confondre prendre notre place avec quitter celle qui nous a été attribuée.


Occuper son espace sans se justifier


Femme détendue dans un fauteuil près d’une fenêtre, yeux fermés, en chemise blanche et jean, avec plantes et lumière douce.

Prendre sa place peut commencer par des gestes très simples. Il ne s'agit pas forcément de transformer radicalement notre personnalité ou de devenir soudainement beaucoup plus affirmé. Il s'agit plutôt de remarquer les endroits où nous nous retirons automatiquement. Nous pouvons commencer à écouter ce qui se passe en nous lorsque nous avons envie de parler. Pourquoi est-ce que je me retiens ? Est-ce réellement parce que je n'ai rien à dire ? Ou parce que j'ai peur que ce que je vais dire ne soit pas suffisamment intéressant ?


Lorsque nous voulons demander quelque chose, nous pouvons également observer notre premier réflexe. Est-ce que nous formulons naturellement notre demande ? Ou commençons-nous immédiatement par nous excuser ?

« Désolé de te déranger… »

« Si ça ne t'ennuie pas… »

« Je ne sais pas si c'est possible… »

« Ce n'est peut-être pas très important, mais… »


Ces petites formulations peuvent sembler anodines. Pourtant, elles révèlent parfois la place que nous nous accordons. Nous pouvons apprendre à exprimer une demande sans avoir besoin de justifier notre existence. Nous pouvons également apprendre à recevoir.

  • Recevoir un compliment sans le repousser.

  • Recevoir de l'aide sans avoir immédiatement besoin de rendre quelque chose.

  • Recevoir une rémunération sans culpabiliser.

  • Recevoir de l'attention sans penser que nous devons immédiatement en donner davantage en retour.


Pour certaines personnes, recevoir est plus difficile que donner parce que donner permet de conserver une position confortable : celle de la personne utile.

Lorsque nous donnons, nous savons ce que nous apportons.

Lorsque nous recevons, nous devons accepter que quelqu'un puisse nous donner quelque chose simplement parce que nous le méritons ou parce qu'il en a envie.

Cela peut demander une véritable rééducation intérieure.


Nous pouvons apprendre à ne plus transformer chaque échange en dette.

Nous pouvons accepter d'être soutenus.

Nous pouvons accepter que notre présence soit déjà une contribution.

Et surtout, nous pouvons commencer à faire la différence entre prendre sa place et prendre trop de place. Une personne qui occupe son espace avec conscience n'a pas besoin d'envahir celui des autres.

Elle n'a pas besoin de parler plus fort.

Elle n'a pas besoin d'avoir raison.

Elle n'a pas besoin d'être constamment regardée.

Elle est simplement suffisamment présente à elle-même pour ne plus disparaître automatiquement.


Une place ne se demande pas, elle se reconnaît


Femme de dos marchant sur un sentier en pierre fleuri au coucher du soleil, dans une ambiance paisible.

Peut-être est-ce finalement l'un des changements les plus importants. Nous pouvons passer des années à attendre que quelqu'un nous donne la permission. Nous attendons que notre supérieur reconnaisse notre travail. Que notre entourage valide notre projet. Que notre famille comprenne nos choix. Que quelqu'un nous dise que nous sommes suffisamment compétents. Que quelqu'un remarque nos qualités. Et tant que cette validation n'arrive pas, nous restons en suspens.


Mais il existe une autre possibilité. Commencer à reconnaître nous-mêmes ce que nous sommes. Cela ne signifie pas refuser les retours extérieurs ou considérer que nous avons toujours raison. Cela signifie simplement ne plus leur confier entièrement la définition de notre valeur. Les autres peuvent nous reconnaître. Ils peuvent nous encourager. Ils peuvent nous donner leur confiance.

Mais ils ne devraient pas être les seuls à décider si nous avons le droit d'exister pleinement.

Prendre sa place devient alors un mouvement intérieur avant d'être un comportement extérieur.

  • Nous pouvons entrer dans une pièce sans chercher immédiatement où nous cacher.

  • Nous pouvons parler sans préparer mentalement dix versions de notre phrase.

  • Nous pouvons présenter notre travail sans nous excuser de le proposer.

  • Nous pouvons dire ce que nous voulons sans transformer notre désir en problème.

  • Nous pouvons reconnaître notre réussite sans avoir besoin de la diminuer.

  • Et surtout, nous pouvons comprendre que notre place n'est pas nécessairement quelque chose que nous devons conquérir.


Elle existe dès lors que nous acceptons d'y être. Cela demande parfois du temps. Une ancienne mémoire ne disparaît pas simplement parce que nous avons compris quelque chose intellectuellement. Elle peut continuer à se manifester dans le corps, dans les réactions automatiques, dans les hésitations et dans cette petite voix intérieure qui nous demande encore si nous avons vraiment le droit. Mais chaque fois que nous choisissons de rester présents au lieu de nous effacer, nous créons une expérience nouvelle.

Chaque fois que nous exprimons une opinion sans nous excuser.

Chaque fois que nous recevons sans culpabiliser.

Chaque fois que nous assumons une réussite.

Chaque fois que nous posons une limite sans nous sentir mauvais.


Nous montrons progressivement à cette partie de nous qui avait appris à se faire petite qu'une autre réalité est désormais possible.

Nous pouvons être visibles et rester en sécurité.

Nous pouvons réussir et rester reliés.

Nous pouvons être reconnus sans devenir supérieurs.

Nous pouvons prendre notre place sans retirer celle des autres.


Et peut-être qu'un jour, cette question cessera de se poser : « Est-ce que j'ai le droit d'être ici ? » Parce qu'une réponse plus profonde aura pris sa place :


« Je suis ici. Et je n'ai plus besoin de m'excuser d'exister. »


Les mémoires cachées de la place


Nous croyons parfois que nous avons besoin de davantage de confiance pour prendre notre place. Mais derrière cette difficulté se trouve parfois quelque chose de plus ancien : une mémoire qui a associé la visibilité au danger, la réussite à la séparation, l'affirmation au conflit ou l'expansion à la culpabilité. Alors nous apprenons à rester en retrait.


Nous devenons compétents sans oser nous reconnaître comme tels. Nous donnons beaucoup sans toujours accepter de recevoir. Nous attendons d'être invités alors que la porte est déjà ouverte. Nous cherchons une autorisation extérieure alors qu'une partie de nous sait depuis longtemps ce qu'elle souhaite vivre.


Prendre sa place ne signifie pas devenir quelqu'un de plus imposant. Cela signifie cesser de disparaître, cesser de réduire sa voix, cesser de considérer ses besoins comme secondaires, cesser de croire que notre expansion constitue nécessairement une menace pour ceux qui nous entourent.

Les mémoires cachées de la place sont parfois celles qui nous ont appris qu'exister pleinement avait un prix : déranger, dépasser, décevoir ou perdre le lien.


La libération consiste alors à découvrir qu'aujourd'hui, nous pouvons occuper notre espace autrement, avec respect, conscience et simplicité. Sans avoir besoin de prendre davantage que ce qui nous appartient, car prendre sa place n'est pas prendre celle des autres. C'est simplement cesser d'abandonner la nôtre. Et lorsque cette évidence commence réellement à s'installer en nous, quelque chose change. Nous ne cherchons plus autant à savoir si nous sommes autorisés à être là. Nous commençons à habiter notre vie.... Réellement.


 

Si ce "Pourquoi" résonne en vous et que vous souhaitez explorer vos propres mémoires spécifiques, je vous accompagne en séance individuelle pour identifier et libérer ces schémas. 

 

Maryline MÉREL

Thérapeute en Déprogrammation des Mémoires Cellulaires

J'accompagne les personnes qui souhaitent identifier et libérer les mémoires cellulaires, émotionnelles, transgénérationnelles et karmiques qui influencent leur vie, afin de retrouver leur véritable identité et avancer avec plus de sérénité.


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